Au moins une fois par semaine, je fais une réunion avec les femmes de la coopérative, une quinzaine de femmes, généralement les plus âgées - donc les plus sages – se réunissent chez la présidente de la coopérative, Tigidé Gandega.
Au début j’arrivais à peu près à l’heure, mais je me suis fait avoir plusieurs fois à devoir attendre presque 1 heure que les femmes arrivent, le rendez-vous africain comme ils disent. Maintenant j’arrive toujours un peu en retard mais j’ai remarqué qu’elles arrivent presque à l’heure, chacun a fait un pas vers l’autre, en avant ou en arrière sur le cadran horaire.
Toutes sont assises par terre, sur une natte (elles sont capables de tenir des heures comme ça) et insistent toujours pour que je prenne la chaise, j’ai donc un peu l’impression de trôner au milieu d’elles, sensation (un peu gênante au début) renforcée par le fait que je suis souvent le seul homme présent.
Les premières minutes de la réunion sont assez cacophoniques, toutes parlent en même temps, rient, moi je ne comprends pas grand-chose mais c’est pittoresque. Ensuite elles me donnent la parole, Soso, la seule membre alphabétisée et parlant français traduit (car mon soninké est encore laborieux). Les femmes acquiescent par des claquements de langue, des « walaï » ou des « mmh mmh ». Lorsqu’une femme prend la parole, c’est avec un air très solennel, le discours est rythmé, accompagné de geste, l’index levé, les yeux grands ouverts, ici l’oralité est un art, le ton monocorde est banni.
Les femmes de la coopérative sont très motivées malgré les difficultés climatiques, financières, et organisationnelles qu’elles rencontrent, le moindre soutien qu’elles reçoivent est donc accueilli par une avalanche de bénédictions - « que Dieu t’apporte le bonheur », « que tu connaisses à jamais la paix » et j’en passe - auxquelles il faut répondre « amina » (amen) en se touchant la tête, c’est un réflexe qu’on attrape vite.
De temps en temps on fait une réunion dans le périmètre de la coopérative, sous le palmier, et dans ces cas là la traductrice n’est pas là, il faut donc faire avec les moyens du bord, j’essaie de composer des phrases approximatives avec mes rudiments de soninké, et les femmes déploient leurs talents de mime. Pour s’assurer que j’ai compris elles me disent « an ti iyo » (tu dis oui), un oui dont, je l’avoue, j’abuse parfois pour me débarrasser d’une explication par mime qui me dépasse.
.....Le long du Fleuve ....
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